CE QUE J'ATTENDS DE L'ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE
C'est la question qui m'a été posée. Tout simplement, ce que j'attends de l'Enseignement Catholique… C'est qu'il soit catholique.
Que notre école soit vraiment catholique. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Eh bien, qu'il faut regarder et avoir présent dans le coeur et dans l'esprit, mais aussi dans le concret de la vie de l'école, ce qui marque le caractère propre de l'Enseignement catholique.
1) Et tout d'abord, celui-ci n'est pas un lieu d'enseignement qui propose à ceux qui le veulent un supplément religieux. Mais il est un lieu où l'Evangile colore l'ensemble de la vie.
C'est la reconnaissance que l'Evangile interroge toute la vie… en l'occurrence ici : - dans ce qui est enseigné, doit s'inscrire toujours la dimension spirituelle de l'homme.
- La vie relationnelle dans la vie de l'établissement.
- Les choix pédagogiques et les choix " politiques ".
Bref, c'est davantage l'air qui se respire qu'un " plus " dont on ne parlerait pas ailleurs. C'est là un élément essentiel de notre foi chrétienne, la rencontre du Christ nous fait vivre différemment tout ce qu'il y a à vivre, à réfléchir, à transmettre. La foi colore l'ensemble de notre vie. On ne pourrait se satisfaire de réduire la spécificité d'une école catholique à la mise en place d'une aumônerie pour ceux qui le veulent ou à la seule organisation de la catéchèse et de temps de prières.
2) Ensuite, l'école catholique a une mission d'Eglise qu'elle reçoit et qu'elle ne s'attribue pas.
Cela situe l'école catholique dans un vis-à-vis. Elle n'est pas à elle-même sa propre source. La pastorale est de la responsabilité de l'Evêque. C'est lui qui, dans un diocèse a la responsabilité première de l'annonce de la foi, de la célébration des sacrements, de la sollicitude pastorale à l'égard de ceux qui sont sur le territoire pour lequel il a été nommé Evêque.
Le chef d'établissement d'une école catholique est le responsable pastoral de l'école, c'est à dire qu'il est associé à la responsabilité pastorale qui revient en propre à l'Evêque. C'est lui qui doit veiller à ce que l'école soit vraiment catholique.
Ainsi lorsque j'affirme que le chef d'établissement a une responsabilité pastorale, j'affirme que l'école est une école catholique et non pas seulement une école privée ou si vous préférez que la responsabilité dernière n'est pas celle qui serait issue d'un consensus de partenaires liés par un contrat associatif, mais que la responsabilité dernière est reçue, qu'elle est de l'ordre de la mission confiée.
C'est une façon d'exprimer le lien de l'école catholique avec l'Eglise. Si l'école Catholique a dans sa tâche d'enseignement, un lien évident avec l'Etat, elle a, par rapport à l'ensemble de sa vie et de sa mission, un lien plus fondamental encore avec l'Eglise.
3) L'école catholique est donc liée à l'évangélisation, à la transmission de le foi, au témoignage chrétien.
Cette fonction est constitutive de son être même, dans le sens que je disais tout à l'heure en parlant de la coloration évangélique qui doit imprégner toute sa vie, mais aussi dans la tâche plus spécifique de l'annonce du Christ.
Cette fonction se déploie en lien avec la tâche d'évangélisation qui incombe à l'ensemble de la communauté chrétienne d'un diocèse autour de son Evêque.
C'est ainsi que l'école catholique ne sera pas une île ou un îlot dans la paroisse dont elle fait partie.
C'est ainsi qu'il faut veiller scrupuleusement à ce que l'école soit d'abord en lien étroit avec la tutelle diocésaine ou congréganiste.
Ensuite, il faut veiller au lien entre le chef d'établissement ou l'établissement et le prêtre lorsqu'il intervient dans l'école.
Si le chef d'établissement a la responsabilité pastorale, celle-ci ne peut d'exercer qu'en étroite collaboration, concertation, communion, non seulement avec le prêtre aumônier ou le prêtre de la paroisse, mais aussi avec la pastorale diocésaine par un lien et une concertation étroite avec la pastorale scolaire.
De plus, je souhaite très vivement que les propositions diocésaines de tous ordres soient prises en compte dans l'ensemble de nos écoles.
Nous avons à apprendre à vivre une co-responsabilité prêtres/laïcs claire et confiante.
Mais aussi, il faudra veiller à un travail concerté avec les laïcs engagés dans la marche de l'établissement, avec les enseignants que je souhaiterais plus partie prenante de l'annonce de l'Evangile, avec les parents, avec le personnel administratif de service éducatif.
Il reste la question des animateurs pastoraux à mettre en place.
Sur ce point, je souhaiterais qu'avant tout engagement de quiconque, je sois consulté et que l'on mette en place un statut diocésain de l'animateur pastoral en école catholique.
N'oublions jamais que l'Eglise se construit autour du monastère ordonné, garant de l'authenticité de l'enseignement de la foi, président de la célébration des sacrements, signes de l'œuvre de l'Esprit aujourd'hui, serviteur de la communion au sein de la Communauté qui lui est confiée et avec celles qui composent le diocèse.
Dans la suite de tout cela, en précisant un peu plus, je voudrais vous dire ce que j'attends d'une école catholique et qui touche à l'exercice de la responsabilité de tous les acteurs en lien avec le chef d'établissement.
J'attends d'une école catholique plusieurs choses.
A) Que le Christ y soit proposé et annoncé :
C'est à dire.
D'abord qu'Il inspire les manières de vivre, les comportements, les choix, les enseignements, l'air ambiant : comme l'air qu'on respire sans s'en rendre compte.
Que le Christ soit annoncé davantage parce qu'Il habite un peu tout. J'insiste sur plusieurs points :
- Le type de relation entre les divers membres présents dans l'établissement.
- La manière de parler les uns des autres, des élèves en particulier.
- La manière de se parler les uns aux autres, aux élèves en particulier : il est des paroles qui font vivre, d'autres qui arrêtent ou désespèrent.
- Ensuite bien sûr, que le Christ y soit proposé explicitement.
Prenons conscience en fait que notre société ne transmet plus le visage du Christ, ni son message : elle ne semble pas le désirer non plus, pour ne pas dire qu'elle le soupçonne : le religieux chrétien est devenu un sujet tabou, ramené au mieux à une opinion individuelle. Vous le constatez vous même dans l'enseignement : le Chrétien et le Christianisme ne sont plus connus des jeunes d'aujourd'hui, dans leur grande majorité et en tous cas dans le message culturel qu'ils rencontrent et respirent.
Pour ma part, j'attends donc que le Christ soit annoncé explicitement. Une réflexion d'établissement est nécessaire pour voir comment et qui peut proposer cette annonce explicite, cette connaissance qui a d'ailleurs des allures de culture générale, même si on doit, dans un établissement catholique, dépasser ce stade.
Il faut bien sûr tenir le plus grand compte de plusieurs éléments.
- La liberté des personnes : Non pas celle d'être informée ou enseignée, car celle là doit être la même que pour l'ensemble de ce qu'on leur enseigne, mais plutôt celle de ne pas être jugé en fonction de l'accueil que fait chacun à cette annonce.
- Le contexte non porteur, dont il nous faut prendre conscience et qu'il nous faut savoir et oser dépasser.
- Le contexte pluri-religieux de notre société. Les question de la valeur et de la vérité des diverses religions, celle du salut universel en Christ, celle du dialogue inter-religieux, celle du dialogue œcuménique ne peuvent plus être abordées de façon seulement intellectuelle et lointaine ; elles sont concrètes pour beaucoup de jeunes d'aujourd'hui qui ont des amis musulmans, ou sensibles à d'autres courants religieux.
- La réalité de l'indifférence religieuse de notre société est encore un défi à regarder en face pour en évaluer le sens et savoir le relever.
- Là encore, un effort pédagogique est aussi nécessaire que dans d'autres domaines.
B) Que soit ensuite proposé l'accompagnement dans la vie chrétienne.
C'est ici autre chose. Il s'agit d'aider ceux qui expriment le désir à vivre en chrétien, en Eglise, en communauté chrétienne.
Ceci se fera en sachant que l'école est un lieu privilégié pour vivre la foi entre jeunes mais qu'elle ne peut vouloir assumer seule toute l'expression chrétienne de cette vie qui doit se développer dans une communauté chrétienne plus large : lien avec les personnes et le diocèse.
Il est normal qu'une équipe pastorale apporte son soutien au chef d'établissement et à l'aumônier ^pur que s'organise, se vive, se réalise cet accompagnement des jeunes dans l'approfondissement de leur vie chrétienne. Le christianisme n'est pas d'abord un enseignement ; il est une vie.
Je pense ici à tout ce que nous mettons sous les mots.
Catéchèse, groupe de réflexion, apprentissage à la vie de prière, célébration, préparation aux sacrements, vie des temps forts chrétiens de l'année, dialogue personnel à ce niveau également et sur tout.
Ici aussi, il faut savoir saisir les événements qui interviennent sans être malheureusement prévus : je pense à la mort de tel ou tel d'entre eux, les suicides, les maladies ou, dans un dialogue individuel, au divorce des parents.
Ce sont des événements qui produisent des ébranlements importants. Il est souhaitable de les aider à en parler, à les assumer à la lumière de la foi chrétienne.
Je pense encore à cette vision de nos vies chrétiennes conçues comme le fruit d'une relation intime avec Dieu et qui s'exprime dans les termes de vocation : vocation au mariage, au sacerdoce, à la vie religieuse. Pourquoi cela ne serait exprimé comme un possible, quand on parle d'autres possibles pour l'avenir ?
3) Quelque chose autour de l'information, Internet.
Comment aider les plus grands et les jeunes aussi à se situer par rapport aux métiers, par rapport aux moyens d'information, à leur impact, à leurs limites, comment garder sa liberté ? Quels moyens pour prendre du recul ?
4) Le dernier point rejoint en partie le 2ème : l'attention au plus pauvres ; ou un regard du monde et des autres qui fait face aux plus pauvres ou une conception de la vie englobe le souci des pauvres.
Je prends le mot " pauvre " au sens économique du terme ; mais aussi :
- au sens intellectuel et culturel.
- au sens de la santé : handicapés.
- au sens affectif.
En ce sens là, je pense qu'un établissement catholique s'honore quand il fait place aux jeunes défavorisés et se donne, parmi d'autres ambitions, celle d'aider ceux qui ont le plus de mal dans le système scolaire ou dans la société.
Voilà, soyez ambitieux pour votre établissement, pour les jeunes et pour vous-même et cultivez les rencontres du Christ qui a donné sa vie pour que l'homme tienne debout.
Au terme de partage, je veux simplement dire ma reconnaissance pour la part que vous prenez à la vie de la mission de notre Eglise dans le diocèse dans cette lourde responsabilité qui est la vôtre.
Monseigneur Michel MOUÏSSE